Ces pays qui n’existent que dans le sport !

Ces pays qui n’existent que dans le sport !

16 février 2018, Tucker Murphy termine 108e de l’épreuve reine de ski de fond des jeux de la 23e Olympiade d’hiver, les Jeux olympiques d’hiver de 2018 à Pyeongchang, grand’messe du sport d’hiver, qui battent leur plein en ce moment. Tucker Murphy est l’unique athlète représentant les Bermudes ; « nation » qui, comme les 81 autres, se battent pour essayer de rivaliser avec la Norvège, le pays le plus médaillé de l’histoire des Jeux olympiques d’Hiver et ayant remporté le plus de médailles d’or aux précédents jeux de Sochi (2014).

En réalité, il s’agit de « nations » reconnues par le Comité International Olympique (C.I.O.) mais qui ne correspondent pas au 193 pays indépendants reconnus par les Nation Unies. Dans le monde du sport, c’est une chose que l’on retrouve assez souvent. Lors des compétitions majeures, apparaît sur la liste des nations reconnues par les fédérations internationales des pays qui n’existent pas ou, tout du moins, qui ne sont pas indépendants ou unilatéralement reconnus et, théoriquement, devraient/pourraient participer pour une nation « mère ». C’est le cas des Bermudes, représentés par Tucker Murphy qui sont une dépendance du Royaume-Uni de Grande-Bretagne

Olympisme

En Corée-du-Sud, 5 « nations » sont dans ce cas sur les 82 représentées aux Jeux de Pyeongchang. Les Bermudes mais aussi Porto Rico, le Kosovo, Hong-Kong et Taïwan ont toutes envoyé des athlètes aux Jeux. J’ai déjà évoqué les cas du Kosovo et de Taïwan dans un article précédent. Afin de ne pas froisser la Chine et à l’issue de compromis, il a été décidé que Hong-Kong et Taïwan avaient le droit de participer en utilisant respectivement les noms de « Hong-Kong, Chine » et « Taipei chinois ». À noter que Taïwan se voit en plus imposer l’utilisation d’un autre drapeau.

Parmi les autres « nations » membres du CIO mais non indépendantes (ne participant pas aux Jeux de Pyeongchang) citons les Samoas américaines, les îles Vierges américaines et Guam ; trois territoires américains. Nous retrouvons aussi les îles Caïmans et les îles Vierges britanniques ; territoires ultramarins britanniques. Aruba qui est l’héritière de l’ancien comité olympique des Antilles Néerlandaises, un des États du Royaume des Pays-Bas dissout en 2010. Enfin, citons le cas de la Palestine et des îles Cook membres observateurs des Nations Unies.

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Cette représentativité n’est pas spécifique aux Jeux Olympiques et se retrouve dans d’autres sports. Les amateurs de rugby savent bien de quoi je parle, puisqu’en ce moment se déroule le tournoi des 6 Nations. Les 6 « Nations » en question (Angleterre, Écosse, France, Irlande, Italie et Pays-de-Galles) proviennent de 4 pays (France, Irlande, Italie et Royaume-Uni). Dans le même ordre d’idée, sur les 32 équipes qualifiées pour la prochaine Coupe du Monde de Football en Russie figure une équipe représentant une nation non « onusienne », à savoir l’Angleterre.  Le Groenland est un habitué des Coupes du Monde de Handball et les amateurs de Cricket connaissent bien l’équipe des Indes Occidentales, qui a participé à toutes les éditions de la Coupe du Monde depuis 1975 en étant sacrée deux fois Championne du Monde. Petit tour d’horizon non exhaustif de ces « pays » qui n’existent que dans le Sport :

FIFA – Football

Le cas du football est assez singulier puisque la FIFA ne reconnaît pas les mêmes nations membres que les organes régionaux qui la constituent. Dit de manière plus simple avec un exemple, la Guadeloupe est membre de la CONCACAF (Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes) et peut à ce titre participer à la Coupe d’Amérique-du-Nord de football (la Gold Cup) mais n’est pas reconnue par la FIFA et ne peut donc pas participer aux éliminatoires de la Coupe du Monde de football à l’inverse de la Polynésie Française.

En 2018, la FIFA reconnaît 211, soit près de 20 équipes de plus que l’ONU ne reconnaît d’état ! 211 équipes auxquelles ont peut rajouter les 11 équipes reconnues, non internationalement, mais par une fédération continentale.

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8 pays membres des Nations Unies n’ont pas d’équipe de football reconnue par la FIFA : les Marshall, Nauru, Monaco, la Grande-Bretagne, le Vatican, les Palaos, Tuvalu et la Micronésie. À noter que si la FIFA ne reconnaît pas l’équipe de foot de Grande Bretagne (reconnaissant celles d’Angleterre, d’Écosse, d’Irlande-du-Nord et du Pays-de-Galles) le CIO ne reconnaît pas ces dernières. Ce qui créé un embroglio lors de l’épreuve de football des Jeux Olympiques. Pour éviter celà en général, la Grande-Bretagne n’y participe plus. Mais elle fut obligée par le CIO lors des J.O de Londres en 2012, en effet, le pays hôte à obligation de s’inscrire dans chacune des épreuves, football y compris. La Grande-Bretagne du y participer avec une équipe unique. Un événement rarissime dans le monde du football. Mais dans les faits,  les fédérations irlandaises, galloises et écossaises ont refusé de fournir des joueurs. L’équipe fut alors presque uniquement composée d’anglais plus cinq gallois ayant accepté l’invitation qui leur fut faite.

L’équipe de football de Grande Bretagne (image : Julian Finney)

Il y a en tout 11 « nations » issues de la Grande-Bretagne. En théorie, il pourrait y avoir une coupe du monde où près des ¾ des équipes jouant les ⅛ de finale seraient britanniques.

 

Autres Sports

Voici un tableau qui recense toutes les « nations » reconnues par le CIO (Comité International Olympique), donc aptes à participer aux Jeux Olympiques, par le CIP (pour les jeux paralympiques) ainsi que pour 13 des plus importantes fédérations sportives en terme de membres. Il en ressort une liste d’une quarantaines de « nations » qui varient selon les sports.

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Observations :

  • Le rugby n’est pas un sport aussi universel que le fooball. Ainsi, World Rugby ne comprend que 103 membres. Les nations britanniques ne correspondent à aucun pays et, contrairement au football, l’équipe d’Irlande mélange des joueurs de la République d’Irlande (Eire) et d’Irlande-du-Nord. Une autre équipe pluri-nationale existait jusqu’en 2010 : l’équipe du Golfe Persique (Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar, Arabie saoudite et Émirats arabes unis). En 2011, cette équipe s’est scindée pour permettre la création des fédérations nationales. Même chose, quelques décennies plus, tôt avec l’équipe d’Afrique de l’Est (Ouganda, Kenya et Tanzanie) qui a joué des matchs des années 50 jusqu’en 1982. Ailleurs, World Rugby reconnaît des « nations » comme Guam, les Bermudes, la Polynésie française ou encore les Samoa Américaines.
  • Le handball, sport dans lequel la France brille le mieux, est l’un des rares sports qui reconnaisse l’équipe du Groenland. L’équipe groenlandaise, membre de la fédération américaine, a d’ailleurs déjà participé trois fois à la Coupe du Monde de la discipline.
  • Comme au rugby, l’équipe d’Irlande de basket comprend des athlètes de la République d’Eire et d’Irlande-du-Nord. La FIBA est une des rares fédérations à reconnaître l’île océanienne de Nioué.
  • Avec la FIFA, la fédération de volley-ball (FIVB) est l’une de celles reconnaissant le plus de « nations » (220).
  • L’International Cricket Concil (ICC) est la seule admettant en tant que nation à part entière les Malouines, l’Île de Man, Jersey et Guernesey ainsi que feues les Indes Occidentales. Les Indes Occidentales (West Indies, ou Windies en anglais) étaient le nom attribué à l’ensemble des colonies britanniques des Caraïbes (la Jamaïque, les îles Caïmans, les Îles Turques-et-Caïques, Antigue-et-Barbude, Saint-Christophe-et-Niévès, Anguilla, Montserrat, la Dominique, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, la Grenade, la Barbade et Trinité-et-Tobago). Elles furent même un état fédéral indépendant mais éphémère entre 1958 et 1962. L’équipe de cricket fondée dans les années 20 a perduré, s’est enrichie d’autres membres (Îles Vierges, le Guyana et Sint-Maarten) et a même remporté 2 coupes du monde de cricket. Des pourparlers sont même en cours concernant les Antilles françaises pour qu’elle puisse accueillir en son sein la Guadeloupe, Saint-Martin, Saint-Barthélémy et la Martinique.
  • Enfin, citons le cas atypique de Zanzibar, l’île tanzanienne où est né entre autre Freddie Mercury, est membre à part entière de la Fédération Internationale de judo.
  • Côté « français », c’est la Polynésie qui a le plus de représentativité sportive. Les amateurs de football se souviendront notamment de la participation de Tahiti (son nom auprès de la FIFA) à la Coupe des Confédérations de 2013 en tant que champion d’Océanie en titre. La Polynésie est en outre membre à part entière des fédérations de rugby, de basket, de volley-ball, d’athlétisme, de natation et de judo.

 

Quelle avenir pour ces « nations » ?

L’avenir géopolitique de ces « nations » qui n’existent que dans le sport ne va pas dans le même sens. Si certaines aspirent à une indépendance totale (Palestine, Taïwan, Kosovo, Hong-Kong, Macao), certaines n’ont pas du tout cette ambition et désirent au contraire plus d’appartenance à leur pays « mère » (Porto Rico qui souhaite devenir le 51e état des USA , les Malouines qui ont voté pour rester sous le giron britannique). Certains vont décider pleinement de leur avenir dans un futur assez proche (référendum sur l’indépendance en Nouvelle-Calédonie, référendum pouvant peut être décidé à tout moment au Groenland). Enfin, le statut de la plupart des autres « nations » ne devrait pas changer.

Nathan

2 comments so far

JérômePosted on10:07 - Fév 23, 2018

Merci pour cet article très instructif. Je découvre ce site et vais y passer quelques temps, étant très intéressé par les cartes 🙂
Une petite coquille dans cet article concernant le rugby, il s’agit bien de l’équipe éphémère d’Afrique de l’Est et non Ouest (https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quipe_d%27Afrique_de_l%27Est_de_rugby_%C3%A0_XV).

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