Géographie

La Vénétie et la tentation de l’indépendance ?

Hier (22 octobre 2017), les habitants de deux régions italiennes, la Lombardie et la Vénétie, sont passés aux urnes pour gagner plus d’autonomie par rapport à l’état central, comme le permet leur constitution. Le oui l’a emporté dans les deux cas. Ces deux régions rejoindront la Vallée-d’Aoste, la Sardaigne, la Sicile, la Frioul-Vénétie julienne et le Trentin-Haut-Adige en tant que région italienne à statut spécial (regione italiana a statuto speciale en italien).

Je reparlerai sans doute prochainement du cas atypique, pour nous français, de la Vallée-d’Aoste et plus globalement du Trentin-Haut-Adige. Mais pour le moment nous allons nous concentrer sur la Vénétie.

Bougainville, Montserrat et leurs capitales mortes.

Suite de la série sur les capitales.
Dans cet article, je vais parler de deux capitales qui restent capitales de jure (dans la loi) alors que de facto (dans les faits) elles ne le sont plus.
Précision importante : à l’inverse des autres articles, ces capitales ne sont pas des capitales nationales mais administratives. Ce sont des capitales de régions administratives et non d’un pays. Ceci dit, leur cas est suffisamment particulier pour éveiller votre curiosité.

Il n’est pas capital d’être proches.

Dans l’article précédent, j’ai réalisé une petite présentation des capitales. Je souhaite maintenant aborder avec vous quelques particularismes. Le premier portera sur les distances entre capitales.

Sur facebook, j’avais posé cette question :

La bonne réponse à été trouvée.

Das Kapital

La capitale d’un pays est la ville qui est à la tête d’un état. C’est le sens étymologique du terme (le terme latin caput signifiant tête). C’est la même origine étymologique que le capitalisme (d’où le clin d’œil du titre puisqu’en réalité, « capitale » se dit Hauptstadt en allemand). On retrouve également cette racine latine dans l’adjectif capital ou encore dans le mot capitole.

La prochaine série d’article que je vais faire va parler des capitales.

Les capitales sont souvent représentées sur les cartes avec des pictogrammes différents. Souvent des étoiles ou des étoiles cerclées. Pour mes cartes, j’ai choisi simplement des étoiles de tailles proportionnelles à la population.

 

1, 2, 3 ?

Les capitales sont les villes à la tête, autrement dit, ce sont les villes qui dirigent l’état. C’est donc en général le lieu où siège le pouvoir et l’expression politique et administrative. C’est également la ville ayant le poids économique le plus important, la ville où se situe le pouvoir judiciaire et souvent aussi la ville qui fédère la culture nationale. De fait, c’est souvent une très grande ville, la plus peuplée du pays. Les français ont Paris, les britanniques Londres et les belges Bruxelles par exemple.

Voilà pour la théorie. Car en pratique, la capitale n’est parfois rien de tout cela, ou presque. En effet, les capitales que certains apprennent par cœur et qui figurent dans tout bon atlas ou sur toute belle mappemonde sont généralement la capitale reconnue par l’état (capitale constitutionnelle) ou la capitale politique (là où siège le gouvernement). Les pays en ont une. Mais il existe certains pays ayant deux, voire trois capitales.

Prenons l’exemple de l’Afrique-du-Sud dont la capitale est … ? Tient, bonne question. Quelle est la capitale de l’Afrique-du-Sud ? J’en avais parlé dans un précédent article, puisqu’elle est au cœur de débats sans fin à propos de son nom (opposition entre le nom afrikaans tel qu’on le connaît et le nom voulu par le gouvernement de l’ANC). Donc Pretoria (puisque l’on parle d’elle) est la capitale administrative du pays. C’est elle que l’on retient et que j’ai par exemple placé sur mes mappemondes. Mais l’Afrique-du-Sud compte 3 capitales ! Par la constitution, Bloemfontein est officiellement la capitale judiciaire tandis que Le Cap est le siège du gouvernement. Dans les faits, Bloemfontein ne mérite même plus son titre car anticonstitutionnellement, c’est Johannesbourg qui l’est. Elle accueille aujourd’hui la Cour constitutionnelle d’Afrique du Sud. Cette dernière ville est en outre la ville le plus peuplée et la ville ayant le poids économique le plus important.

L’importance de la constitution

Un exemple plus proche et bien connu est celui des Pays-Bas. Amsterdam est la capitale constitutionnelle, la ville la plus connue et la plus grande du pays. Mais le siège du gouvernement néerlandais, le parlement, la cour suprême, le conseil d’état, le palais royal et toutes les ambassades se trouvent à … La Haye qui, par son importance, mériterait mieux le statut de capitale. Mais comme la décision constitutionnelle est Amsterdam, c’est cette dernière qui figure sur les cartes.

La constitution monténégrine présente deux capitales, la capitale « classique » : Podgorica et la capitale « historique » : Cetinje. Il s’agit là plus d’un hommage rendu à l’ancienne capitale du Pays, car le seule fonction de cette capitale « historique » est de loger le président de la république dans le Palais Bleu.

Abordons maintenant un exemple plus atypique. La Paz est la capitale de la Bolivie. Enfin, c’est ce que l’on croit. La réalité, c’est que la capitale constitutionnelle est Sucre. La Paz est bien le siège du gouvernement, mais de jure, la capitale est Sucre.

Je rebondis sur cette histoire de constitution puisque les français sont très attachés à ce qui émane de cette dernière. Et bien sachez pourtant que la constitution française ne décrète aucune capitale. Paris est une capitale de facto et non de jure (de fait/par usage et non par la loi). L’ordonnance n° 58-1100 du 17 novembre 1958 établit bien que le parlement et le sénat doivent être à Paris, mais leur congrès se réunit à Versailles. De plus, la loi est faite de sorte à ce que la capitale puisse être rapidement transférée à une autre ville en cas de nécessité. C’est ce qui s’est passé lors de la seconde guerre mondiale quand Bordeaux fut (très) temporairement capitale nationale. Puis d’une certaine façon pour Vichy et Brazzaville, qui furent respectivement capitale du Régime de Vichy et de la France libre.

Des vacances ? Une invasion ?

Dans certains cas, les différentes capitales peuvent jouer un rôle plus amusant quand on les observe de l’extérieur. En Finlande, il existe une capitale d’été,Naantali, où le président peut résider pendant les beaux jours s’il veut s’aérer l’esprit loin d’Helsinki. Tout est prévu pour que Naantali puisse accueillir ce dernier, aussi bien pour le repos que pour le travail, avec la possibilité pour lui d’organiser des sessions parlementaires dans cette ville.

La Birmanie n’a officiellement qu’une capitale. En effet, bien que ce soit la ville la plus peuplée, qu’elle accueille encore en son sein des entité gouvernementale et la plupart des ambassades, Rangoun n’en est pas (plus) la capitale. La junte birmane avait créé ex-nihilo la ville de Naypyidaw, qui est devenue en 2005 la capitale du pays. Officiellement, sa position plus centrale permet de mieux gouverner le pays. Mais la façon dont sont agencés tous les moyens de communication du pays rendent cette hypothèse peu crédible. La Birmanie étant un état ultramilitarisé, la raison retenue est plus celle de la crainte d’une invasion étrangère depuis la côte, scénario dans lequel Rangoun serait trop vulnérable.

Naypyidaw est bien à l’intérieur des terres.

Le poids des âmes

Pour finir, revenons sur le lieu commun selon lequel la capitale est la ville la plus peuplée. Comme nous l’avons vu dans les exemples précédents, c’est faux. Prétoria est moins peuplée que Johannesbourg, Napydaw est bien moins peuplée que Rangoun. C’est d’ailleurs souvent le cas dans beaucoup de pays issus de l’empire colonial britannique. Washington est moins peuplée que New-York, Ottawa est moins peuplée que Toronto, Canberra est moins peuplée que Sydney, New Delhi est moins peuplée que Bombay, Islamabad est moins peuplée que Karachi, Wellington est moins peuplée qu’Auckland, Belmopan est moins peuplée que Bélize (dans le pays éponyme).

Dans certains cas, la capitale s’est faite doublée par une ville de sa propre banlieue (un peu comme si Issy-les-Moulineaux devenait plus peuplée que Paris). Aux Philippines, Quezon City est deux fois plus peuplée que Manille. À Malte, Birkirkara est trois fois plus peuplée que La Valette.

Pas de chance pour ces villes qui, bien qu’ayant dans certains cas un poids économique plus important que la capitale, sont moins connues internationalement. Tout le monde connais Quito, peu connaissent Guayaquil. Personne en Europe ne connaît vraiment Santa Cruz de la Sierra, ville la plus peuplée de Bolivie, plus peuplée que Sucre et que La Paz.

Guayaquil est la principale ville d’Équateur. C’est également le principal port de la façade ouest d’Amérique du Sud. Pourtant en Europe, cette ville est relativement peu connue. Même chose pour Santa Cruz de la Sierra.

 

Dans un prochain article, je parlerai des particularités géographiques de certaines capitales, comme par exemple la proximité de certaines d’entre elles.

 

Avoir un pays à son nom !

Comme certains le savent, 21maps s’occupe actuellement de la conceptions de différentes mappemondes. Les premières impressions (physiques) ont été reçues et me laissent de bonnes impressions (sentiment). Quelques retouches doivent cependant être apportées, notamment au niveau des couleurs.

Si vous voulez avoir votre nom sur une carte

Parmi les types de mappemonde que je vous proposerai, il y a les mappemondes personnalisées !

Afin d’avoir une carte unique, qui vous ressemble et qui fasse sourire quand on la regarde, pourquoi ne pas changer, discrètement ou non, le nom d’un pays en le remplaçant par le votre ou par un dérivé ?

Prenons un exemple simple : un client fictif, monsieur « Lucien Bramard« , sympathique et très chauvin. Ce dernier souhaite une petite touche personnelle sur sa carte. Les possibilités sont multiples :

(certains reconnaîtront le clin d’œil)

 

Ceux qui ont réussi

Aussi surprenant que cela puisse paraître, il existe bel et bien des pays qui tiennent leur nom d’une personne. Dix-huit pays tirent leur noms de personnages ayant vécu de l’antiquité au XXe siècle. Sur les 18, un seul état tire son nom d’une femme. Petite revue d’effectif :

(cliquez pour zoomer)

  1. Arménie → Cet état du Caucase tire son nom d’Aram, petit-fils de Noé.
  2. Israël → Cet état du proche-orient tire son nom d’Israël, autre nom donné au patriarche hébreux Jacob.
  3. Salomon → Cet archipel d’Océanie tire son nom du roi Salomon (Xe siècle av. J.-C.).
  4. Salvador → Cet état d’Amérique Centrale tire son nom de Jésus de Nazareth dit le Christ, le « sauveur de l’humanité » d’après les évangiles.
  5. Sao Tomé-et-Principe → Cet archipel d’Afrique équatoriale est le seul pays à tirer son nom de deux personnes différentes. Tout d’abord Thomas, disciple de Jésus (Ier siècle) et ensuite du prince Alphonse de Portugal (XVe siècle).
  6. Saint-Christophe-et-Nièves → Cet archipel des Caraïbes tire son nom en partie de Christophe de Lycie, martyr chrétien ayant vécu au début du IIIe siècle.
  7. Saint-Vincent-et-les-Grenadines → Cet archipel des Caraïbes tire son nom en partie de Vincent de Saragosse, diacre ayant vécu à la fin du IIIe siècle.
  8. Sainte-Lucie → Cette île des Caraïbes doit son nom à Lucie de Syracuse, une martyre chrétienne ayant elle aussi vécu à la fin du IIIe siècle. C’est le seul pays qui tire son nom d’une femme.
  9. Géorgie → Le cas de cet état du Caucase, limitrophe de l’Arménie est un peu particulier. Seul son nom « occidentalisé » tire son nom d’une personne : Georges de Lydda (fin IIIe siècle), soldat romain et martyr chrétien, connu pour son mythe de pourfendeur de dragon. En géorgien, le pays se nomme საქართველო ou Sakartvelo, dérivé de la Kartalinie, une région du pays.
  10. Saint-Marin → Cette petite république enclavée en Italie tire son nom de Marin du Mont Titan, le fondateur d’une communauté chrétienne autour du mont Titan au tout début du IVe siècle.
  11. Mozambique → Ce pays africain tire son nom du cheikh arabe qui dirigeait le pays au XVe siècle : Mussa Bin Bique.
  12. Colombie → Ce pays d’Amérique du Sud tire son nom de Christophe Colomb, le célèbre explorateur génois du XVe siècle.
  13. Maurice → Cet archipel de l’Océan Indien tire son nom du prince néerlandais Maurice de Nassau ayant vécu au XVIe et XVIIe siècles.
  14. Liechtenstein → Ce pays alpin est l’un des deux seuls pays doublement enclavé au monde. Il tire son nom de la dynastie des Liechtenstein, fondée par Charles Ier de Liechtenstein en 1608.
  15. Îles Marshall → Cet archipel d’Océanie doit son nom à l’explorateur britannique John Marshall qui les découvrit au XVIIIe siècle.
  16. Kiribati → Cet archipel d’Océanie doit son nom à la transcription phonétique locale du nom « Gilbert », nom de l’explorateur britannique Thomas Gilbert, qui les découvrit à la fin du XVIIIe siècle.
  17. Bolivie → Ce pays d’Amérique du Sud doit son nom à Simon Bolivar, le « libérateur de l’Amérique du Sud ». Homme politique et militaire vénézuélien du XIXe siècle, Simon Bolivar participa de manière décisive à l’indépendance de la plupart des pays d’Amérique du Sud, dont le Haut-Pérou qui deviendra en 1825 la Bolivie.
  18. Arabie Saoudite → Cet état du golfe persique doit son nom à Abdelaziz ben Abderrahmane Al Saoud (dit Ibn Séoud) qui fonda l’Arabie Saoudite en 1932. L’histoire retient que l’Arabie Saoudite est en réalité le troisième « état saoudien ». Cependant, si les deux précédent avaient été fondés par la dynastie Saoud, leurs noms étaient respectivement, l’émirat de Diriyah et l’émirat de Nejd.

Sur toute cette liste (si on exclut la légende liée à Aram), seuls Marin (même si le pays n’existait pas vraiment de son vivant), Mussa Bin Bique (idem), Simon Bolivar (provisoirement) et Ibn Séoud vécurent dans le pays nommé en leur honneur.

Encore plus fort : Vespucci

Avoir un pays nommé en son honneur est déjà impressionnant. Mais l’héritage laissé par le navigateur florentin Vespucci est bien plus colossal, puisqu’il a un continent entier à son nom. Vous ne connaissez pas le continent « Vespucci » ? C’est normal, les géographes ont préféré choisir son prénom : Amerigo ; autrement dit : l’Amérique.

Chapeau l’artiste !

 

Démocratie

Après l’article sur la Macédoine qui illustrait la confusion que peut générer le nom d’un pays, je vais évoquer le cas le plus emblématique et le plus absurde de tous. Une carte vaut toujours mieux qu’un long discours :

La République du Congo (à gauche, en vert) et la République Démocratique du Congo (au centre, en rose).

Le Congo

La République du Congo et la République Démocratique du Congo sont deux pays d’Afrique équatoriale. Ils sont (comme leur nom l’indique) situés le long du fleuve Congo, de part et d’autre sur son cours inférieur. De ce fait, la seule chose qui différencie le nom des deux états est l’ajout du terme « démocratique » sur le plus grand des deux. Hélas, comme bien souvent, cet adjectif ne correspond pas à la dure réalité vécue par ses habitants.

12