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Le monde à l’envers — ou pourquoi le nord est en haut d’une carte.

Il est des choses auxquelles on ne pense pas, il est des conventions tellement ancrées qu’on ne réfléchit que trop rarement à leur origine. Faire la bise pour dire bonjour, conduire sur le côté droit de la route, lever le pouce pour marquer une approbation, un support, ou encore quelque chose que tout écolier passé par un cours de géographie connaît : le nord est toujours en haut sur une carte.

S’il s’agit bien d’une convention universelle, c’est faux : le nord n’est pas et n’a pas toujours été en haut.

Orientis supra

Jusqu’au moyen-âge, il n’existait pas de règles.
Les cartes les plus célèbres en Europe étaient les cartes dites en T-O (Terrarum Orbis) représentant l’écoumène (monde connu) d’alors dans une façon extrêmement influencée par la mythologie et la foi judéo-chrétienne.

Aoste ou l’Italie francophone

L’Italie est un pays relativement récent à l’échelle européenne. Si, bien sûr, les italiens revendiquent l’héritage des romains, la réalité fait état d’un pays qui s’est construit au XIXe siècle par une unification plus ou moins forcée de provinces hétéroclites : le Risorgimento.

À l’issue de cette unification, l’italien n’était pas la lingua franca de la nouvelle nation puisque dans de nombreuses parties du territoire étaient parlés le frioulan, l’allemand, le ladin et … le français.

Une région italienne francophone

Il est en effet une région d’Italie qui fut jusqu’à il y a 50 ans encore majoritairement francophone. L’arpitan, une variante locale du franco-provençal, y était alors parlé depuis plusieurs siècles, depuis sa prise de possession par les Bourguignons (Xe siècle) puis, surtout, par la maison de Savoie (XIIIe siècle). L’ancrage du français se retrouve ainsi dans les toponymes. Ainsi la majorité des villes, des villages, des cours d’eau, des montagnes et autres lieux-dits sont en français. Chose amusante, la Vallée d’Aoste a choisi le français comme langue officielle en 1536, soit trois ans avant que la France ne fasse la même chose.

Mussolini a bien entrepris une italianisation forcée de la région, mais les noms français ont tenu (à l’inverse de ce qui s’est passé dans le Südtyrol). Et aujourd’hui encore, il est surprenant de lire une carte (même en italien) de la région. Ci-dessous un extrait de la version italienne de google maps dans la région :

Pré-Saint-Didier, Antey-Saint-André, Valpelline, Chef-Lieu, Champdepraz ou Valgrisenche sont autant de communes italiennes.

Zoom sur la région (Google Maps)

 

De Gaulle laisse Aoste aux italiens.

Il fut question d’envisager l’annexion française du Val-d’Aoste à la fin de la seconde guerre mondiale. Mais devant les difficultés de liaison entre cette vallée et le reste de la France, cette idée fut abandonnée par le Général de Gaulle qui écrivit :

« Quant au Val d’Aoste, nous aurions eu les meilleures raisons ethniques et linguistiques de nous l’assurer. Nous y rencontrions d’ailleurs, lors de la venue de nos troupes, le désir presque général d’appartenir à la patrie française. Mais, comme pendant huit mois de l’année, les neiges du mont Blanc interrompent les communications entre la France et les Valdôtains dont l’existence est, de ce fait, liée à celle de l’Italie, nous avions pris le parti de ne pas revendiquer la possession de la Vallée. Il nous suffirait d’obtenir que Rome en reconnût l’autonomie. »

C’est ce qui arriva. Le Val d’Aoste est aujourd’hui une région italienne autonome. Le bilinguisme italien/français est obligatoire à l’école et les habitants ont la possibilité d’avoir une carte d’identité italienne rédigée dans les deux langues. Cependant, d’un point de vue démographique, les italophones ont progressivement remplacé les francophones du fait de l’importance nationale de la langue italienne et de sa culture. Alors que les francophones représentaient 95 % de la population en 1900, les italophones représentent aujourd’hui 97 % de la population, même si les 3/4 parlent également le français et la moitié l’arpitan (la variante locale du français).

 

Luther et le Saint-Empire romain Germanique

Aujourd’hui, 31 octobre 2017, les protestants du monde entier célèbrent les 500 ans de la Réforme initiée par la publication des 95 thèses de Martin Luther. Celles-ci ont été publiées le 31 octobre 1517 sur le fronton de l’église de Wittemberg, situé alors dans le Saint-Empire romain germanique.

La géographie, ou plutôt la géopolitique de l’époque, peuvent expliquer la raison pour laquelle les thèses de Luther ont pu être propagées au sein même du très catholique Saint-Empire romain germanique, dirigé alors par le Roi des Romains (titre donné à l’empereur) et surtout, dans les faits, par le pape de l’église catholique à Rome.

Au XVIème siècle le Saint-Empire Romain, qui est le successeur de la partie orientale de l’Empire carolingien, est un état assez vaste pour l’époque, allant de l’Italie moderne au sud jusqu’au Danemark au nord. Comme la plupart des états à l’époque, le système de gérance du Saint-Empire Romain est assez complexe. L’empire est alors un agglomérat d’une multitude de petites nations morcelées, dirigées par des roitelets, des ducs, des comtes ou des évêques. L’empereur, plus ou moins un pion du pape (raccourci historique), était nommé par un système de princes-électeurs. Ceux-ci, issus des nations les plus importantes de l’Empire, étaient au nombre de 7 :

  1. l’archevêque de Cologne
  2. l’archevêque de Mayence
  3. l’archevêque de Trêves
  4. le roi de Bohême
  5. le comte Palatin
  6. le margrave de Brandebourg
  7. le duc de Saxe

Les princes-électeurs étaient tous plus ou moins situés dans l’Allemagne moderne, donc dans la partie nord du Saint-Empire. Petit à petit une méfiance s’est installée avec le sud, c’est-à-dire avec Rome.

Limites du Saint-Empire (en pâle) et des états Pontificaux (en foncé) en 1517.
Les sept princes-électeurs sont représentés, particulièrement la Saxe en rouge.

Quand Luther arrive sur le devant de la scène, l’empereur Maximilien Ier est en fin de vie et Rome cherche à choyer les sept princes afin qu’ils lui soient favorables au moment de la prochaine élection (qui verra Charles Quint arriver au pouvoir). Luther officie à Wittemberg, ville où siège l’électorat de Saxe représenté par son Duc : Frédéric le Sage. Sensible aux thèses de Luther proclamant le Salut par la foi et critiquant l’église ainsi que le Pape, il le prend sous sa protection quand ces derniers exigent qu’il se rende à Rome pour un procès de rétractation assorti d’une probable mise au silence. Il obtient que l’affaire soit jugée sur le sol allemand. Rome est alors coincée entre son désir de justice et le besoin de ménager ce prince électeur, Maximilien Ier étant mort entre-temps. Le pape cède et cela aboutira à l’exfiltration de Luther par le Duc de Saxe après la Diète de Worms. Luther vivra alors caché par le duc et traduira la bible en langue vernaculaire. Petit à petit, les théories de Luther gagneront les princes allemands, la Paix d’Augsbourg accordera en partie la liberté de religion et affaiblira le pouvoir romain sur le Saint-Empire.

La Vénétie et la tentation de l’indépendance ?

Hier (22 octobre 2017), les habitants de deux régions italiennes, la Lombardie et la Vénétie, sont passés aux urnes pour gagner plus d’autonomie par rapport à l’état central, comme le permet leur constitution. Le oui l’a emporté dans les deux cas. Ces deux régions rejoindront la Vallée-d’Aoste, la Sardaigne, la Sicile, la Frioul-Vénétie julienne et le Trentin-Haut-Adige en tant que région italienne à statut spécial (regione italiana a statuto speciale en italien).

Je reparlerai sans doute prochainement du cas atypique, pour nous français, de la Vallée-d’Aoste et plus globalement du Trentin-Haut-Adige. Mais pour le moment nous allons nous concentrer sur la Vénétie.

Bougainville, Montserrat et leurs capitales mortes.

Suite de la série sur les capitales.
Dans cet article, je vais parler de deux capitales qui restent capitales de jure (dans la loi) alors que de facto (dans les faits) elles ne le sont plus.
Précision importante : à l’inverse des autres articles, ces capitales ne sont pas des capitales nationales mais administratives. Ce sont des capitales de régions administratives et non d’un pays. Ceci dit, leur cas est suffisamment particulier pour éveiller votre curiosité.

Il n’est pas capital d’être proches.

Dans l’article précédent, j’ai réalisé une petite présentation des capitales. Je souhaite maintenant aborder avec vous quelques particularismes. Le premier portera sur les distances entre capitales.

Sur facebook, j’avais posé cette question :

La bonne réponse à été trouvée.