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La toute première mappemonde en alsacien.

Cette carte est le fruit d’une drôle d’idée : « Et si je réalisais la toute première carte du monde entièrement en alsacien ? ».

Près de dix mois plus tard, elle est prête et il me tarde de vous la présenter.

Pouvoir se représenter le monde.

Cette idée m’est venue après avoir un peu étudié le catalan et surtout l’exonymie catalane. Poussé par un contexte politique particulier, la Catalogne a depuis longtemps réalisé un lexique toponymique. Celui-ci lui permet de désigner l’ensemble des pays, des capitales et des principaux éléments géographiques dans sa langue sans plus avoir besoin de faire d’emprunts à d’autres langues, notamment le castillan. Sans vouloir juger la motivation politique, le constat de base est réel : une langue doit pouvoir évoquer l’ensemble du monde qui l’entoure.

Ce constat a été renforcé par mes discussions avec Pascale Erhart, directrice du département de dialectologie alsacienne et mosellane de l’Université de Strasbourg. Parlant couramment l’alsacien, elle m’indiquait pourtant se poser la question quand à savoir comment désigner en alsacien la Croatie, pays récent dont le nom en dialecte alsacien n’était pas figé. Un alsacien pouvait alors évoquer dans sa langue d’Croatie (en français) ou d’Kroatien (en allemand). Pourquoi alors ne pas donner à l’Alsacien la même opportunité que le Catalan, de pouvoir désigner l’ensemble du monde : pays, villes, montagnes, fleuves, océans etc. ? Les alsaciens ne méritent-ils pas de pouvoir désigner dans leur langue le nom du pays vaincu lors la dernière finale de la Coupe du Monde 2018 (et vainqueur de la dernière Coupe Davis de l’histoire) ?

D’abord l’Alsace

Renseignement pris auprès de l’OLCA (Office pour la Langue et les Cultures d’Alsace), une mappemonde en alsacien n’avait jamais été réalisée auparavant (ni même l’esquisse d’un index toponymique). Cette information a décuplé ma motivation : « Je la ferai ! »

Mais pourquoi l’Alsacien ? D’autant que je ne suis pas dialectophone ! Pourquoi ne pas faire l’Occitan, le Corse, le Picard ou le Patois morvandiau ? Et bien je n’exclue pas de les faire un jour. J’aime beaucoup les langues régionales mais j’ai une affection particulière pour l’alsacien. J’ai des origines alsaciennes, une partie de ma famille est alsacienne et j’ai des amis de ma génération qui la maîtrisent. Cette langue est très vivante, cette carte pourrait donc les intéresser.

Exemple de l’usage de l’alsacien à l’entrée de la ville de Mulhouse (Mìlhüsa en alsacien).

 

Une traduction complexe

Même si je comprends de plus en plus la construction et la logique phonétique de cette langue, je ne pouvais pas assurer la traduction des 2000 termes que contiennent mes cartes du monde. Sous recommandation de Pascale Erhart et de l’OLCA, j’ai fait appel à Adrien Fernique, traducteur émérite. Sous ma supervision, le travail à proprement parlé de traduction et de transcription a été fait avec une volonté d’aller assez loin dans la traduction.

En réalité il s’agit le plus souvent de transcription plutôt que de traduction pure et dure. C’est à dire une adaptation phonétique des termes plutôt qu’une traduction. Pour prendre un exemple en français, le Monténégro est un pays dont le nom serait « Montagne Noire » s’il était traduit en Français. Or, le nom d’origine vénitienne Monte negro a été transcrit en français en tant que « Monténégro » (nom accolé et ajout d’accents aigus). Cet exemple est alors repris en alsacien où le nom deviendra simplement « Montenegro ».

Le plus gros du travail de traduction est ainsi une adaptation phonétique à l’alsacien. Et une grande liberté est accordée à cet exercice afin de ne pas s’imposer les même restrictions qu’en français. Dans la toponymie française, certains termes ne sont pas nécessairement traduits et le nom local de bien des villes s’est « imposé » à nous malgré les difficultés de transposition dans notre langue, notamment au niveau de l’écriture. La troisième plus grand ville de Pologne se nomme Łódź. Sur quatre lettres, trois sont inconnues en français. Ainsi, le français (ne parlant pas le polonais) qui lira une carte et le nom de cette ville fera fi des accents et lira approximativement L’eau-dze. Loin, bien loin de la prononciation locale Wou-tche. Pourtant, le nom Łódź reste d’usage en français.

 

Sankt-Frantz

 

Même avec une écriture similaire, la prononciation d’un terme peu varier.

San Francisco est un bon exemple. C’est un toponyme espagnol ayant une prononciation locale anglaise mais que nous prononçons en France dans une sorte de franglais bancal. Nous prononçons le nom de la ville ainsi (à lire phonétiquement) : San-Fran-Sis-co au lieu de Sé-ine ou Sane-Freune-Tsis-co (approximativement en anglais) et Sam(n)e-Flane-Sis-co en espagnol. Plutôt que de laisser le nom tel quel, ou de le traduire abusivement en alsacien (Sankt-Frantz), nous avons opté pour une adaptation : Sàn Frànzisko. Sàn Frànzisko est ainsi facile à prononcer pour un dialectophone et correspond phonétiquement à la prononciation locale.

Ce genre de procédé est appliqué à la majorité des cas. La traduction est utilisée pour une minorité des cas, généralement quand le toponyme de base à un sens fort. Ainsi, l’archipel des îles de la Société deviendra Gsellschàftsìnsle et le Tropique du Capricorne, Wandkrëis vùm Stëënbock ; qui sont des traductions directes.

Enfin, dernier exercice inévitable dans ce travail de traduction, la romanisation.

 

La romanisation alsacienne

La romanisation est le procédé de transcription d’un alphabet vers l’alphabet latin utilisé en alsacien.

Si en France, l’alphabet latin est utilisé, il n’en va pas de même partout. Rien qu’en Europe, cinq alphabets différents sont officiellement utilisés : l’alphabet latin, l’alphabet arménien, l’alphabet grec, l’alphabet cyrillique et l’alphabet géorgien. Ailleurs, il existe aussi l’alphabet arabe, l’alphabet chinois, les écritures brahmiques, l’éthiopien etc.

En général, la romanisation est une transcription phonétique. C’est le cas par exemple pour l’alphabet cyrillique, où chaque langue effectue sa propre transcription pour coller au mieux à la prononciation dans la langue. C’est pour cette raison que la ville de Новокузнецк est appelée Novokouznetsk en français, Novokuznetsk en anglais ou encore Nowokusnezk en allemand.  Toutes ressemblant à la prononciation russe.

En revanche, certains pays imposent une romanisation. C’est le cas de la Chine qui impose la romanisation dite « pinyin » au détriment des subtilités de chaque langue. Ainsi 郑州 sera romanisé par la Chine en Zhengzhou remplaçant de fait les anciennes transcriptions dont celle en français de Tcheng-Tchéou qui correspond pourtant mieux à la prononciation locale. L’exemple le plus courant des difficultés de transcription étant néanmoins 北京, romanisé par la Chine en Beijing, le français lui conserve l’usage du terme « Pékin » bien que ni l’une ni l’autre ne corresponde à la prononciation locale « Péï Tch-ine-g ».

La transcription en alsacien prend le parti de correspondre au mieux aux prononciations locales. Cependant, certains sons (notamment en Asie) n’existant pas en alsacien, une adaptation est nécessaire. Ainsi, pour reprendre les exemples précédents, nous avons en alsacien Nowokùsnezk, Tschengtschoù et Béidsching.

 

Un résultat qui plaît

Après de longs mois de traduction, les termes alsaciens sont placés sur la carte du monde et celle-ci est relue et relue encore afin d’aboutir à une version finale fin novembre 2018. La carte plaît énormément en Alsace, étant citée par L’Alsace, 20minutes, les Dernières Nouvelles d’Alsace, Pokaa ou encore France 3.

Enfin, le travail réalisé est honoré en 2019 par l’OLCA (Office pour la Langue et les Cultures d’Alsace et de Moselle) qui remet à 21maps le Friehjohrsschwälmele, le Trophées des Schwalmele qui récompense l’investissement pour la langue alsacienne.

Vous pouvez commander la carte sur la boutique de 21maps au prix de 50,21€.

Mappemonde en alsacien

En attendant Mexico

Metrolife, le premier grand volet de mon site, s’inspire de certains des plus célèbres plans de transport en commun de la planète.

Et si j’en ai retenu quatre pour mon volet cartographie personnalisée (Paris, Londres, New York & Mexico) ; d’autres auraient pu (ou pourront) rejoindre la liste.

 

Tokyo

Le métro de Tokyo est le plus fréquenté et est l’un des réseaux les plus dense (le 5e) avec 328,8 km de voies. Son plan est schématique, les stations portent chacune un nom de code qui sert de repère aux usagers ne lisant pas le japonais (par exemple 清澄白河 ou Z-11 est la 11e station (depuis l’ouest) de la ligne 東京地下鉄半蔵門線 (Hanzomon) représentée par la lettre Z). Un plan rédigé dans l’alphabet latin existe. La baie de Tokyo et le Kokyo, le palais impérial, sont les seuls repères géographiques. Cette carte ne se démarque pas des autres, ni par la représentation graphique des lignes et des stations, ni par la police de caractère ou les couleurs utilisées.. C’est pour cette raison que je ne l’ai pas choisie.

Extrait du plan du métro de Tokyo

 

Shanghai

À l’image de la Chine, le métro de Shanghai est passé d’un petit réseau comparable à celui de Lyon en 2007 au premier réseau mondial en 2017, seulement dix ans plus tard, avec 548 km de voies et seize lignes (et ce n’est pas près de s’arrêter). Le plan du réseau est schématique. Je trouve qu’il n’est pas à la hauteur de son rang. S’il reprend les codes couleurs du plan de Paris, il est moins lisible, les noms des stations étant écrits dans tous les sens et même parfois masqués par les couleurs, empêchant une bonne lisibilité. Tout comme Tokyo, rien dans ce plan sort du lot.  À l’inverse de Tokyo, il est très difficile pour le touriste ne lisant pas les caractères chinois de se repérer sur le plan de base (en chinois). Il devra forcément prendre le plan anglais.

Extrait du plan de Shanghai avec à gauche le plan en chinois, à droite celui en anglais.

 

Moscou

Transportant plus de passagers par jour que les métros de New York et Londres réunis, le métro de Moscou est visuellement le plus beau au monde. Certaines stations sont des œuvres d’art et rares sont les guides touristiques à ne pas évoquer le métro comme une attraction touristique à faire lorsqu’on visite la ville.

La station Mayakovskaya.

Le plan mérite également de s’attarder à le lire : il est assez atypique et ressemble à un soleil écrasé, en raison de la ligne 5 circulaire, la Koltsevaïa. Moscou n’est pas le seul réseau à disposer d’une ligne circulaire, Londres en a également une (même si depuis 2009, une excroissance de la Circle Line lui donne un tracé ressemblant plus à un «6» qu’à un «O» ) et Tokyo aussi avec la ligne Yamanote, la ligne la plus fréquentée au monde. Mais contrairement à Moscou, le plan n’a jamais été conçu à partir de cette ligne là. Moscou a fait ce choix en la représentant parfaitement circulaire et centrée au milieu de la carte.

Extrait du plan du réseau de métro de Moscou.

Le plan est assez clair. Les correspondances sont représentées de façon toute particulière avec un dégradé circulaire de couleur entre les stations. Depuis peu, le plan représente également la ligne МЦК, le RER circulaire (ligne 14). La représentation suit la même logique que pour la ligne Koltsevaïa et le plan présente de façon très harmonieuse ces deux cercles entrecroisés par la multitude des autres lignes. a police de caractère ‘Moscow Sans’ est très lisible sans être iconique (du fait de sa jeunesse), elle se décline sur le plan aussi bien en cyrilique qu’en alphabet latin.

Extrait dé-zoomé avec la ligne МЦК (blanche contour rouge) montrant bien les 2 lignes circulaires.

Si le plan est schématique, il est beaucoup plus complet que les autres, il représente la Moskva, mais également les monuments touristiques, les voies ferrées et les principales lignes de tram/bus.

J’ai conscience d’être assez dithyrambique sur ce plan ; je ne l’ai pas choisi car sa spécificité viens de sa conception même et des fameuses lignes circulaires. Dans métrolife, les événement marquants d’une vie sont représentés de façon chronologique. Ce choix se prête mal à une représentation circulaire et sauf cas particuliers, je ne pense pas faire beaucoup de lignes de ce type. C’est pour cette raison que Metrolife — Moscou n’est pas à l’ordre du jour.

Madrid

Dans l’imaginaire collectif, le métro de Madrid n’est pas l’un des plus célèbre au monde et il ne vous serait sans doute pas venu à l’esprit de le citer parmi les principaux métros de la planète. Et pourtant ! Si niveau fréquentation, le réseau n’est que le 26e le plus fréquenté (2,7 fois moins que Paris, 6,5 fois moins que Pékin), c’est le deuxième au monde après New York en terme de nombre de stations, et le 8e en terme de longueur de voies. Le réseau de Madrid fait 80 km de plus que celui de Paris (pour la comparaison).
Le réseau à donc les mêmes problématiques en terme d’information destinée aux voyageur (dont les plans font partie) que les grands réseaux. En 2007, Madrid a révolutionné le mode de représentation des plans de transport en s’affranchissant (presque) totalement de la géographie pour réaliser une carte schématique d’un nouveau genre.

Le géographe que je suis fut de premier abord assez circonspect de ce choix, mais il faut avouer que le résultat est plus que réussi. Il est légitime qu’il soit désormais reconnu comme l’un des meilleurs plans de transport.
L’idée de base est simplement de schématiser à l’extrême et de ne permettre que des angles à 90°, sans forcément suivre l’orientation de la ligne. L’objectif étant d’avoir une carte plus facile à lire avec notamment des indication de temps de parcours à pied entre les différentes lignes dans les stations de correspondance.

Extrait du plan dit « à 90 degrés » de Madrid.

Pour respecter ses objectifs, la géographie est donc tordue : la rivière Manzanarès qui traverse Madrid de façon rectiligne se voit  elle aussi représentée avec des angles droits. Les parcs sont représentés par des rectangles arrondis peu importe leur forme réelle. Le tout accompagné par une police de caractère atypique, octogonale, donnant du caractère à ce plan. Si je n’ai pas prévu de l’utiliser pour le moment, si Metrolife séduit beaucoup de monde, j’envisagerai de faire Metrolife — Madrid.

Pour aller plus loin

Si le sujet vous intéresse, je vous conseille la lecture de du livre « Transit Maps of the World » qui reprends ces plans et bien d’autres (dernière édition en 2015).

(lien vers Amazon)

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